La photo en haute-montagne

Comme un peintre ou un calligraphe, le photographe choisit son matériel en fonction de ce qu’il souhaite exprimer, montrer. Mais n’oublions pas  que la technique ne peut se substituer au regard…
 

La haute montagne pose plusieurs contraintes au photographe.
La première est d’ordre physique et technique car ce milieu ne peut se parcourir qu’à pied, en raquettes ou à skis.
 Pour cela, il est indispensable de posséder un minimum de connaissance en technique de l’alpinisme et une bonne condition physique pour parcourir ce milieu sans prendre des risques démesurés.
 La seconde contrainte est le poids du matériel de prise de vue qui, au choix, limite les possibilités de déplacement s’il est trop lourd ou limite les possibilités de prises de vue si vous vous contentez d’emmener peu de matériel. .
La dernière contrainte est la spécificité de la lumière, en haute montagne, qui nécessite une profonde connaissance de ses modulations au fil des heures, des jours et des saisons.


Les déplacements en haute montagne

La haute montagne est un milieu dangereux pour qui ne possède pas les techniques et les connaissances requises pour le parcourir. Et même avec celles-ci, les alpinistes chevronnés ou les guides de haute montagne pourront vous le certifier, tout risque n’est jamais totalement écarté.
Si vous n’avez que peu ou pas d’expérience, partez avec un ami compétent digne de confiance, avec un guide de haute montagne ou restez sur les sentiers balisés.


Le matériel de prise de vue 

Après avoir été longtemps un inconditionnel de la pellicule Velvia en format 24x36 et 6x7 cm et des appareil argentiques je suis passé dès 2003 au réflexe numérique avec un Canon EOS 1Ds, puis 1DsII et actuellement un 1DsIII et un appareil moyen format Mamiya 645 AF II + dos numérique PhaseOne P45 de 39 Mpix.
Le numérique offre un exceptionnel espace de créativité que l’on avait un peu perdu avec la diapositive dont le rendu dépendait essentiellement du labo et du modèle de pellicule.



Mamiya 645 AF II + dos numérique PhaseOne P45 (39 Mpix)



Canon EOS 1DsIII


J’utilise aussi un EOS 5D lorsque la difficulté d’une ascension m’impose d’être le moins lourd possible…


Canon EOS 5D


En réflexe, ma gamme d’objectif va du 14 au 300 mm avec une prédilection pour les zooms  et optiques Canon de la série L, à grande ouverture et les focales fixe de haute qualité.
En Moyen format, ma gamme va du 28mm au 300mm, toutes des focales fixes.
 Les zooms, même s’ils sont parfois légèrement moins performant sur le plan optique que les focales fixes équivalentes ont l’énorme intérêt en montagne d’éviter d’avoir à changer trop souvent d’objectif . Ils permettent aussi de cadrer avec précision sans avoir à trop s’avancer ou reculer, ce qui n’est pas toujours possible ou souhaitable en haute- montagne…



 Trois objectifs me servent à réaliser plus de 90% de mes images :


Zoom Canon 17-40L F4

Le zoom Canon 17-40 F4 L et depuis peu un zoom Contax-Zeiss 17-35  F2,8 au piqué supérieur dans les angles sont des objectifs indispensables pour capter de grands horizons ou accentuer les lignes de fuite.


zoom Contax-Zeiss 17-35 F2,8

Zoom Canon 24-70L F2.8

Le zoom Canon 24-70L F2.8 pour sa polyvalence et son excellent piqué


Zoom Canon 70-200L F4 IS

Le zoom Canon 70-200L F4 IS, (qui a remplacé la version F2,8 L que j’utilisais avant) associé parfois au multiplicateur de focal x1,4


Extender x1,4

Ma gamme d’objectifs comprend aussi un Sigma 14mm F2.8 pour accentuer certaines perspectives, notamment les vues plongeante en escalade, un 21mm Zeiss F 2,8 au piqué excellentissime, un Zeiss 28mm F2,8, un Canon 50mm macro F2.5, un zoom Canon 24-105 F4 L IS et un téléobjectif Canon 300mm L F2.8
Je n’utilise qu’un seul filtre, un polarisant, pour renforcer parfois les contrastes, mais jamais de filtres de couleurs, d’UV ou autres.

Contax-Zeiss Distagon F2.8

Le problème du poids…

Quel que soit le matériel utilisé, le poids est un des facteurs limitant principal.  En fait, le problème est de savoir si vous allez en montagne pour faire de la photo ou si vous voulez faire de la montagne et accessoirement, ramener quelques images.
 Dans le premier cas, là ou l’image est le but principal, j’adapte mon matériel en fonction de la difficulté et de la longueur de l’ascension que j’envisage ainsi que de ma forme physique du moment.
 Dans une course de grande difficulté, je me limite habituellement à un boîtier réflexe léger, type Canon EOS 5D avec un objectif zoom grand angle 17-40 F4 L L’ensemble fait moins d’un kilo et demi et est compatible avec des ascensions techniques tout en offrant de bonnes possibilités de prises de vue.
Dans des itinéraires moins difficiles techniquement mais longs, j’emmène habituellement un boîtier réflexe « pro », EOS 1Ds III et deux optiques ; un zoom grand angulaire et un 70-200 F4 L Is . L’ensemble approche déjà trois à cinq kilo et n’est plus du tout négligeable à haute altitude. Comme il faut ajouter le matériel d’alpinisme indispensable en plus, le sac à dos n’est pas loin des dix ou douze kilos.
Sur des voies « classiques », techniquement peu difficiles , je me limite moins et j’emmène souvent mon EOS 1Ds III, un zoom grand angulaire, un zoom 24-70 ou 24-105, le 70-200 F4 L Is,  le multiplicateur x1,4 et un petit pied léger.


Le « Gorilla pod » un pied ultra léger et très polyvalent

L’ensemble, avec le matériel d’alpinisme le plus léger possible pèse souvent plus de quinze kilos et là il n’y à guère que la passion pour aider à supporter cette charge…
Dans tous les cas, le matériel doit être facilement accessible, dans une poche ou un étui attaché au baudrier sous peine de rester le plus souvent au fond du sac .
 Personnellement, j’utilise systématiquement un étui des marques Tamrac ou Lowepro me permettant d’avoir à portée de main un réflexe et son objectif. Cet étui doit impérativement pouvoir se fermer avec une fermeture éclair pour offrir une bonne protection contre la neige. Le matériel supplémentaire, s’il y en à, est dans la partie supérieur du sac à dos dans un ou des étuis souples facilement accessible.
 Plus rarement, en moyenne montagne essentiellement, j’utilise un sac à dos spécialement conçu pour le transport du matériel photo, type Lowepro photo Trekker ou autre. Malheureusement, ces derniers sont lourd par rapport à un sac à dos classique  (deux à trois kilo de plus)  et ne sont pas adaptés au transport d’équipement d’alpinisme.


Le froid

Il fait partie intégrante de l’univers de la haute montagne et rare sont les moments où, à l’abris du vent, il est possible de profiter en toute quiétude d’une douce chaleur.
Paradoxalement le matériel souffre peu et je n’ai jamais eu de problèmes de fonctionnement dus au froid, même avec un appareil numérique à l’électronique débordante et des températures parfois inférieures à moins vingt ou moins trente degrés. Par contre, les piles ou accus souffrent.
La meilleure solution est de toujours conserver un deuxième exemplaire au chaud, dans une poche et de changer la pile ou l’accus défaillant aux premiers signes de faiblesse.


La lumière

Comme la haute montagne, elle est pleine de mouvements et de contrastes violents.

 En été, passé huit heure du matin, elle est souvent si forte qu’elle écrase horizons et reliefs et qu’il devient difficile de réussir  quoi que ce soit de beau. Tous les habituées de l’altitude vous le diront, pour faire de belles images en haute montagne il faut se lever tôt et se coucher tard…
 L’aube et le couchant sont les moments privilégiés pour capter les plus belles lumières car la montagne se drape alors dans des jaunes, des rouges, des mauves d’une densité extrême.
Avec un peu d’expérience, vous constaterez que certains jours la lumière est fade, d’autres jours elle est simplement belle et certains jours, plus rares…, elle est sublime.
 Il y a en effet des modulations importantes en fonction des saisons et de la hauteur du soleil sur l’horizon mais aussi de la météo et surtout de l’hygrométrie de l’atmosphère.
Suivant les saisons, certains versants des montagnes sont ou ne sont pas touchés par le soleil et  cela peut être important pour réussir une belle image.
 Le versant Nord du Mont-blanc, par exemple, reste dans l’ombre au couchant en hiver alors qu’il est inondé de lumière en été à cette même heure.
Par contre, en automne et en hiver, les lumières sont souvent plus denses, plus cristallines ce qui offre de belles opportunités pour réaliser des images très saturées en couleur.
Certaines conditions météo sont aussi plus favorables que d’autres.
Paradoxalement, un anticyclone puissant , amenant du beau temps stable pour plusieurs jours, n’est pas ce que cherchent les amateurs de belles lumières car l’atmosphère est souvent brumeuse et le ciel sans relief.
 Les plus belles lumières se trouvent quelques heures avant l’arrivée du mauvais temps ou, mieux encore, au moment ou une dépression s’éloigne pour laisser place à un ciel  encore chargée de quelques nuées mais « lavé » de toutes les poussières en suspension dans l’air.
Mais, au-delà de ces conditions indispensables, il y a aussi le moment magique, le coup de chance, le fait d’être là au bon moment, au bon endroit pour saisir l’impensable, la lumière « démente » qui quelques instants, inonde la montagne de beauté.


Le numérique

Le passage de l’argentique au numérique n’est pas sans douleur car si la technique de base de prise de vue est similaire en terme de cadrage, de profondeur de champs, etc… l’obtention d’une image ou d’un « fichier » de qualité demande beaucoup plus de connaissances et de travail que précédemment.
Alors qu’en argentique c’était le laboratoire qui s’occupait du développement des images, avec le numérique, c’est au photographe de remplir ce rôle. Certes, il est possible de se contenter d’images prises en format Jpeg  avec des réglages prédéfinis mais le résultat n’est pas toujours à la hauteur des espérances en terme de qualité , notamment à cause d’une balance des blancs souvent assez capricieuse en haute montagne et de la compression des images.
La qualité maximum passe par le format Raw, brut de capteur (plus d'info ici...) Ce format permet d’énormes possibilités en « post traitement » sur ordinateur. La balance des blanc, par exemple, peut être réglée manuellement pour obtenir l’équilibre des couleurs souhaité, les images peuvent être développée en format Tiff, sans compression, et, encore mieux, en format Tiff 16 bits pour conserver une qualité maximum lors du post traitement.
Le revers est que cela demande au photographe de passer beaucoup de temps devant l’écran de l’ordinateur, puisque chaque image doit  être traité individuellement.
Par contre, le gain en qualité et en créativité est énorme parce que c’est au photographe de choisir son interprétation de l’image comme il le faisait (ou le fait encore) en développement noir et blanc.
Balance des blancs, contraste, saturation, accentuation, les outils sont nombreux pour exprimer son regard et créer.


Le choix du matériel et des logiciels  utilisé pour voir et traiter les images est de plus en plus large ; difficile de ne pas s’y perdre…
Avant toute chose (notamment de toucher aux couleur d’une image) il est impératif de calibrer son écran (voire l’excellent article d’Arnaud Frich).


Personnellement j’utilise actuellement un écran Lacie 321 avec la sonde de calibration Blue eye pro. J’utilise le logiciel Capture One Pro et depuis peu Capture one 4 pour dématricer les fichiers raw et le classique photoshop Cs3 ainsi que plusieurs « plugin » dont Neat images, PTLens et B/W Pro pour traiter les fichiers dématricés. Mais d’autres solutions plus ou moins onéreuses peuvent être tout aussi efficaces, c’est beaucoup une affaire de préférence ou d’habitude.